ÉDULCORÉ PARTISAN DE L’HISTORIQUE RIVEDO-MARITAIS...
Lors d’un article récent, j’avais fait part de mon intention de tenter de clarifier certains points de l’histoire de Rivedoux et de ses relations avec le village de Sainte Marie ; voici la suite :
D’aucuns prétendent qu’autrefois, Rivedoux était en définitive une simple annexe de Sainte Marie. Ça reste à voir !…
Après lecture de textes référencés ci-après et que je vous invite à compulser à votre tour, il est permis me semble-t-il, en tout cas je me permets, de tirer certaines analyses allant peut-être parfois à l’encontre de certitudes plus ou moins établies.
Pour mettre tout le monde en forme, je débuterai mon propos par un paragraphe tiré d’un livret (4) et sur lequel je n’ai pas grand chose à ajouter :
(Début de citation) : Il n’est peut-être pas une contrée de notre belle France où le travail soit plus en honneur et les sentiments de solidarité aussi développés que sur ce petit coin de terre battue des flots qui s’appelle l’Ile de Ré.
Ces traditions remontent aux premiers âges, et c’est au labeur acharné dans une tâche ingrate entre toutes, grâce aussi à l’union des ancêtres dans leurs luttes incessantes contre les empiètements de l’océan, d’une part, et les convoitises de voisins rapaces de l’autre, que la population peut, de nos jours, jouir du bien-être dans un pays jadis inculte, fécondé par le travail et l’esprit d’initiative des générations…/… Qu’on le veuille ou non, tous les riches personnages du pays, depuis le capitaliste qui a constitué sa fortune dans le négoce des produits locaux, jusqu’au modeste rentier se faisant mollement glisser dans la vie en soignant ses treilles et sa gastralgie, tous sont redevables de leur situation privilégiée à l’humble travailleur des champs. Si, par extraordinaire, il existait de ces oisifs dédaigneux, qu’ils veuillent bien jeter un regard en arrière ; ils reverront, dans le vivant tableau de leurs jeunes années, les grands-pères courbés sur le sillon, peinant de l’aube au crépuscule. Sans doute, alors, puiseront-ils dans leur cœur oublieux un sentiment de commisération et, du paradis qu’on leur a gagné, ils adresseront un chaleureux merci à la mémoire des pauvres besogneux de jadis, pour qui la vie fut souvent un enfer. Mais les parasites sont inconnus ou l’infime minorité dans la ruche laborieuse où chacun s’ingénie à apporter son tribut ; les ingrats et les égoïstes sont ici la minime exception. (fin de citation).
Fort de ces sages paroles dont chacun en tirera ce qui lui sied, revenons en à Rivedoux.
Origine du nom Rivedoux (2) :
Ce sont des pèlerins du VIèmè siècle abordant près la pointe de Sablanceau et se rendant vers les temples religieux (St Sauveur ou Saint-Blayse, ou St Armand) élevés dans les déserts de sable de l’Ile nouvelle qui donnèrent le nom d’HYMNEDOUX aux lieux. Ensuite, en estropiant l’histoire et la langue Française, les insulaires changèrent ce nom en celui de Rivedoux qui est resté.
(3) Au 15e siècle, Rivedoux était un territoire couvert de bruyères et lichens. Il fut érigé en seigneurie le 15 janvier 1480, par Monseigneur Luois 1er de la Trémouille, comte de Guines et de Benon, vicomte de Talmond, baron de Sully et de Craon, seigneur châtelain de Mauléon, de Saint-Loup, de Marans, de l’Ile de Ré, etc, (manuscrit de Damoiselle Sophie d’Hastrel de >Rivedoux), du consentement de l’abbé commandataire de l’abbaye de N.D. de Sainte-Marie-des-Chateliers, qui en était possesseur, ainsi que de toute cette partie de l’Ile de Ré, en faveur de messire et noble homme JEAN 1er du nom, ARNAUD, écuyer, à titre de foi et hommage, à la condition de payer une paire d’éperons d’argent à chaque mutation d’honneur, etc.
Il fit construire un petit manoir sur le bord de mer à Rivedoux. Quelques vestiges du manoir des seigneurs de Rivedoux subsistent près du port, notamment une tourelle cylindrique au toit conique couvert en ardoises. La petite église très ordinaire (ou plutôt une chapelle), qui existait encore au 19ème siècle aux abords de cette tourelle, est aujourd’hui disparue.
À partir de 1552, l’Ile est occupée par les Anglais durant 72 longues et pénibles années pour ses malheureux habitants de l’époque.
Le 12 septembre 1562, Messire Jean-Pierre ARNAUD-BRUNEAU, écuyer, seigneur des lieux à la mort du précédent, obtint le droit d’avoir un port dans sa seigneurie. (manuscrit de M. Bourru)
C’est le 31 mai 1676 que Jean-Baptiste Christophe III d’Hastrel obtint un aménagement du port de Rivedoux, ce, malgré l’opposition du lieutenant politique de Sainte-Marie. (déjà !...)
En 1593, messire Jean ARNAUD-BRUNEAU fit construire les premières maisons de Rivedoux et céda des emplacements à diverses personnes, ainsi que des parcelles de terrain à titres de fiefs ou autres droits seigneuriaux.
Il fit également construire un four banal où chacun devait apporter son fagot pour faire cuire sa pâte. Pour utiliser le four, chacun avait pour obligation de céder la vingt-et-unième partie de ladite pâte au seigneur.
Le 26 avril 1595, ARNAUD_BRUNEAU augmenta considérablement son domaine par dix quartiers de terrain (pointe de Sablanceau) que lui confia alors R.P. Nicolas-Marc BAUDIN, prètre, docteur de Sorbonne, abbé commandataire de l’abbaye de N.D. de Ste Marie des Chateliers.
C’est le 15 juillet 1684 que messire Jean-Baptiste-Christophe d’Hastrel devint seigneur de Rivedoux, en épousant demoiselle Marie Arnaud-Bruneau de Granay, dame de Rivedoux. Il devint proprétaire du domaine en 1694 après la mort du père de son épouse. En 172, il laissa le domaine en héritage à messire Pierre Bruneau (ou Bruno) son frère.
Succéda messire Pierre-Etienne d’Hastrel, puis, plus tard, ce fut messire Jacques-Bruno d’Hastrel qui devint le 22 novembre 1766, seigneur de Rivedoux.
En 1845, une jetée, un embarcadère et un quai sont construits. Cela donna lieu au développement des communications et du commerce de l’Ile de Ré avec le continent.
Le village de Rivedoux, important pour l’époque, comptait alors 92 maisons, 100 ménages, pour un total de 374 habitants !
Le village était très animé et contenait notamment un hôtel et plusieurs auberges. Cette animation était due au départ et à l’arrivée du courrier, ainsi que des bateaux de transport entre l’Ile et le continent. Les marchandises de passage étaient soumises à une taxe, source importante de revenus pour le village. La culture des huîtres dont les Rivedousais sont en partie les précurseurs était en plein développement.
Le domaine des seigneurs de Rivedoux s’étendait donc depuis la pointe de Sablanceau d’une part et au delà des limites de la Noue et de l’abbaye des Châteliers d’autre part.
En conséquences, j’en déduis donc qu’il se pourrait même que ce soit Sainte-Marie qui appartenait à Rivedoux, du fait que les seigneurs propriétaires successifs résidant à Rivedoux portait le titre de seigneurs de Rivedoux et que, comme cité précédemment, leurs terres s’étendaient bien au delà des limites de Sainte-Marie.
D’autre part, dans les écrits de l’histoire de Sainte-Marie et de l’Ile de Ré en général, il est souvent mentionné que ce village ne disposait pas de port.
On peut donc concevoir que si le village de Sainte Marie avait eu la maîtrise de Rivedoux, il aurait forcément eu un port à sa disposition !...
Du fait que les archives de Rivedoux ont été détruites par un incendie, tout cela devrait être consultable dans celles de Ste-Marie, voire départementales, ou encore dans celles des notaires et pourquoi pas dans celles du diocèse ; affaire à suivre.
Durant la période pendant laquelle les seigneurs de Rivedoux régnaient sur toute cette partie de l’Ile, hormis le fait que les religieux de Sainte-Marie venaient assurer l’office à la chapelle de Rivedoux, il n’est jamais fait mention de quelque dépendance marquée d’un village par rapport à l’autre.
Il est probable que la fusion entre les deux villages se soit faite lors de l’institution de la commune, période parfois nébuleuse selon les lieux, personnages et intérêts en puissance.
En 1928, Rivedoux s’est donc séparé de Sainte-Marie pour devenir une commune autonome. À l’époque, il se dit que cela s’est fait au grand dam de certains et à l’avantage d’autres forcément. Peu importe les raisons qui ont fait se quereller nos villages à l’époque et les faire se séparer, c’est du passé, mais force est de constater aujourd’hui que cette séparation était une bonne décision, du moins pour Rivedoux…
Les écrits auxquels je fais référence se recoupent et se complètent assez bien, ce dont chacun pourra juger facilement.
À mes yeux, les narrateurs d’antan sont probablement aussi crédibles que leurs détracteurs actuels, les uns ayant vécu à une époque que les autres ne peuvent observer et interpréter qu’en fonction des écrits consultables.
Naturellement, pour bien des raisons, ce modeste raccourci ne peut en aucun cas se substituer à toute la richesse de l’histoire des lieux et si quelque érudit dispose d’autres données bien étayées sur l’interdépendance présumée entre Rivedoux et Ste Marie, qu’il le fasse savoir, je suis preneur !
Vigie, Rivedousais, mais vous le saviez déjà...
1- Comme quoi ils ne gagnent pas toujours !...
2- Histoire de l’Ile de Ré « L’insula Rhéa », écrits du Dr Kemmerer (16ème siècle) seconde édition de l’an 1888
3- Notice historique de Rivedoux, écrits de Théodore Phélippot. Édition de 1864.
4- L’Ile de Ré à travers les siècles, siège de la citadelle de St Martin de Ré et la défaite des Anglais (juillet-novembre 1627)